Il est trop tard et je tremble. Je devais me coucher, oui. J'avais éteint la lumière d'ailleurs. Mais j'ai commencé à trembler compulsivement. Pardon. Je suis tellement désolée putain. Désolée désolée, d'être cette gamine inutile qui se met à pleurer dès que les lampes sont éteintes comme si... Comme si son masque s'en allait avec la lumière. Je me demande combien de temps encore je vais dire au monde entier que je suis fatiguée, quand le sommeil que je recherche est éternel ?
J'ai une boîte de médicaments dans ma chambre. C'est parfait, parce que les lames sont en bas. Et si j'avais une lame dans ma chambre, j'aurais dis mille fois adieu à mes veines. Mais à la place j'ai des médicaments. J'en rachète sans arrêt. En fait, le truc c'est qu'il faut le temps de les sortir de leur boîte et de casser l'emballage en aluminium. Et ça me laisse le temps de penser. Parfois j'en prends juste un. Ou deux. Avec l'intention de prendre toute la boîte mais finalement je vais me faire vomir, parce que je ne peux pas mourir. Je n'ai pas le droit. C'est drôle, hein, c'est ma vie, mais je n'ai pas le droit d'en faire ce que je veux. Pas le droit de l'arrêter comme bon me semble. C'est ma vie, mais ça ne m'appartient pas. Alors je vais vomir ces médicaments que j'ai avalé (un ou deux seulement, jamais plus parce que finalement, j'ai juré de rester et je tiendrais ma promesse) et je jette les autres par la fenêtre de ma chambre. J'ai déjà pensé à sauter aussi, mais du premier étage, je risque simplement de me casser une jambe. Ce serait ridicule. Donc je jette ces médicaments, et ensuite il faut en racheter. Pour en avoir toujours sous la main, parce qu'au moins les médicaments je peux gérer, si j'en avais pas et que je devais me tourner vers une lame...