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Partie 7

Il ne peut même pas imaginer la tempête qui se passe sous les longs cheveux noirs qu’il caresse doucement, mais il reste jusqu’à ce qu’elle s’apaise. Ensuite, ils s’allongent tous les deux sur le grand lit double, et ils se racontent leur journée, tout ce qu’ils n’ont pas dit en dessous.

-Monsieur Dumesnil est un connard élitiste. Il est exigeant, certes mais il ne conçoit même pas l’idée que certains élèves puissent avoir des difficultées. Il passe son temps à dénigrer la classe ouvrière et l’éducation publique. Quand je lui ai dit que je voulais devenir cinéaste, il a juste ri et décidé que j’irais en politique.

-Je te vois mal en président.

-C’est vrai. Et toi, tu as décidé ce que tu voudrais faire plus tard ?

-Non, pas encore.

Ce n’est pas un mensonge, mais ce n’est pas la vérité non plus. La question n’est pas ce qu’elle fera plus tard, mais s’il y aura un plus tard. Elle n’a pas encore décidé, elle a déjà assez de mal à gérer aujourd’hui.

-Tu ne voulais pas être écrivaine ?

-Je ne sais pas, je n’écris plus en ce moment. Une écrivaine qui n’écrit pas, ce serait bien stupide. 

-L’inspiration n’est pas revenue ?

-Pas encore.

Sa voix n’est plus qu’un chuchotement, allongée sur le dos, elle regarde le ciel par la fenêtre. Si, l’inspiration est revenue. Mais si elle le dit, il demandera à lire. Et elle ne veut pas montrer ses textes sur la noyade, et sur la façon dont elle coule, dont elle sombre dans sa propre vie. Elle ne veut pas qu’il sache à quel point le ciel l’appelle, à quel point la froideur des étoiles l’attire. Comme d’habitude, ils passent la soirée ensemble. Celle-ci, et les autres. Les jours passent. Aurore, midi, crépuscule, minuit.

 

Et Marie ne va pas mieux. Elle prends ses lames quand le soleil et son frère sont couchés, et elle les promène sur sa peau. Avant, elle avait peur que les cicatrices soient indélébiles, parce qu’elle ne voulait pas de traces quand elle s’en serait sortie. Maintenant, elle se fout de s’en sortir. Tant qu’elle peut se sentir vivante encore un peu. C’est la seule façon qu’elle a trouvé d’être autre chose qu’une poupée, qu’on habille, qu’on coiffe, qu’on agite. Son avenir est déjà tout tracé. Un violon dans une main, elle sera sur les plus grandes scènes du monde. Il paraît qu’elle est talentueuse. Il paraît aussi qu’elle aimait jouer. Maintenant, elle ne sait plus, elle sait juste qu’elle le fait. C’est ce qu’on attend d’elle. Alors elle saisit l’archer, le pose sur les cordes, et entame quelque notes. Elle s’est produit quelque fois, sur l’insistance de ses parents, dans des réceptions où ils retrouvaient leurs amis tout aussi bourgeois qu’eux. Il paraît qu’ils ont aimé. A tel point qu’il y a déjà de nombreuses lettres d’orchestres et de compositeurs qui souhaitent travailler avec elle. Ses parents sont pourtant clairs, tant qu’elle n’aura pas validé son bac, Marie ne se lancera dans rien. Esteban, lui, sait qu’elle rêve d’autre chose. Elle déteste son violon, elle déteste jouer, et maintenant, elle déteste même la musique. Le silence est la seule chose qui trouve encore grâce à ses yeux. Mais personne n’a songé à lui demander son avis. Elle est douée, pourquoi n’aimerait-elle pas ?

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