Son joli sourire de façade n’a plus personne à qui s’adresser, alors elle le laisse partir, et les larmes le remplacent. Elle sait bien qu’elle va mal, qu’il y a quelque chose de cassé en elle, mais elle ne sait pas comment demander de l’aide. Les draps de soie sont trempés de ses larmes, et puis elle remonte doucement sa jupe à carreaux noir et bleue. Un peu au dessus de ses genoux s’arrêtent ses chaussettes longues, et encore au dessus, il y a sa peau pâle et douce. Et puis si on remonte encore un tout petit peu, il y a les marques. Les marques de la lame qu’elle utilise pour arrêter de suffoquer dans la noyade qu’est sa vie. Elle se contente de les regarder un long moment, sans cesser de pleurer. Elle voudrait hurler qu'elle n'en peut plus d'être cette poupée de porcelaine, qui avance sans but, qu'on anime de loin. Cette poupée de porcelaine parfaite qui jamais, jamais ne se révolte. Mais la poupée est cassée à l'intérieur, et comme un signe d'alarme, elle laisse apparaître des fissures sur la peau de ses cuisses. C'est pour ça qu'elle prend sa lame, et qu'elle joue. Pas de tâche sur les draps, il faut faire attention. Elle en perd la notion du temps. Quand la douleur devient trop forte, par automatisme presque, elle attrape la bouteille de désinfectant cachée sous son lit, les pansements qu'elle sait parfaitement comment mettre. Puis, d’un coup sec, elle rabat le vêtement, et va toquer chez son frère. Il lui ouvre immédiatement la porte, et puis la prend dans ses bras. Il est le seul qui sait sa douleur, le seul qui sait à quel point c’est difficile. Il ne se doute pas une seule seconde qu’elle se coupe, mais il sait qu’elle pleure toute la nuit. C’est une période difficile pour lui aussi, sa sœur joueuse et riante lui manque, ça lui perce violemment le cœur. Il la berce sans un mot, tandis qu’elle pleure contre sa chemise blanche. Son mascara waterproof ne laisse pas une trace, il est aussi invisible que les cicatrices qu’elle a, gravées sur le cœur. Il la tient contre lui, et se jure qu’il sera toujours là pour elle. Les jumeaux sont comme le jour et la nuit. Différents. Magnifiques. Complémentaires. Mais ils ne peuvent pas exister l’un sans l’autre. Alors il la tient contre lui, et il attend qu’elle reprenne son souffle. Il ne peut même pas imaginer la tempête qui se passe sous les longs cheveux noirs qu’il caresse doucement, mais il reste jusqu’à ce qu’elle s’apaise.