J'ai mal d'être trop. J'ai mal d'aimer trop. Je suis un poison parce que je suis trop. Et ça fait mal, en fait. De savoir que j'ai beau aimer, je ne ferais jamais de la bonne façon. De savoir que plus j'aime pire je suis. Et que si je m'étais noyée avant d'aimer, tout irait mieux.
J'ai toujours été tellement douée pour entrer dans la vie des gens et me rendre indispensable. C'est toujours ça. Toujours. Les gens vivent bien sans moi. Mais j'arrive et j'ai peur qu'on m'abandonne, alors je deviens. I-N-D-I-S-P-E-N-S-A-B-L-E. Je rends mes mots indispensables, ma voix. J'existe pas. En fait, j'existe pas toute seule. J'existe qu'à travers ceux qui ont besoin de moi et ça fait mal de savoir que toute seule, bah je suis rien du tout. Et ce qui fait mal, en fait c'est que ça me dérange même pas. En fait, je m'en fous. En fait je me considère même pas comme un être humain, et ça me va. Donc, je cherche où elle est, la gamine de huit ans qui voulait changer le monde, et quand est-ce qu'elle a commencé a simplement vouloir le quitter.
J'ai toujours été trop. Je ne peux pas aimer, m'a dit ma psy. Je peux adorer, ou détester. Je n'ai pas de juste milieu, je suis toujours un extrême. Si j'aime une musique, je peux l'écouter en boucle pendant des heures. (littéralement). Si j'aime un livre, je peux ne pas dormir de la nuit pour le finir ou être incapable de me concentrer toute la journée parce qu'il faut que je sache. Si j'aime une série, c'est exactement pareil. Quand j'ai envie de dessiner, je peux y passer des heures et des heures sans manger ou aller aux toilettes. Je peux travailler quatre heures à la suite sur un morceau de piano qui ma plaît, mais ensuite totalement foirer mon audition parce que j'ai entendu à la radio une chanson qui me plaît quelques minutes auparavant.
J'aime trop. Les gens. C'est incroyable. Je suis tellement dépendante. Si je tiens à quelqu'un je veux bien mourir pour lui. Mourir pour un sourire. Et quand je suis amoureuse, c'est mille fois pire. Pour l'instant, ça va, il n'y a qu'une seule personne dont je suis proche à ce point. Mais quand je retournerais au lycée et que je me referais des amis, je serai incapable de me sentir en vie s'ils ne sont pas tous heureux. C'est insupportable. Je suis dépendante. Tellement, tellement dépendante. Tout ça parce que je suis pas un vrai être humain, et que j'existe pas. Parce qu'Astrale, ou Marine, ça n'a aucun sens. Je n'ai aucun sens. Et toute seule, ben j'existe pas.