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Sans titre

 Il faisait nuit. Nuit noire, selon le ciel, sans lune et sans étoile, mais sur Paris, il y a toujours un lampadaire ou des phares, tu sais ?  C'était en été, on crevait de chaud dans mon appart trop petit, tu te souviens, tellement petit qu'on pouvait ouvrir le frigo, jeter les bouteilles de bières et de coca, tout ça en restant sur le lit. Y'avait toi moi, et toute la bande, enfin, tu sais les mêmes que d'habitude. C'était y'a deux ans, souviens toi. On avait quand même pas mal fumé, on écoutait du mauvais rap, et puis certains parlaient. Enfin, c'était un peu toujours comme ça, assis en cercle, on se passe un joint de mains en mains, y'a ceux qui racontent et ceux qui écoutent, et la même importance pour tous. Et toi, toi qui ouvrait jamais la bouche... Ce jour là, on parlait de la douleur et de la peur, je me souviens, on débattait pour savoir ce qui était le pire... Toi, t'as pris une taffe et t'as dit « La douleur c'est physique. J’accepte. Mais la peur... Tu sens que ton esprit va lâcher, que tu perds tous tes points de repère et que tu seras hanté pour toujours. T'as plus le contrôle, c'est bien pire ». Alors on t'a regardé, surpris. Et puis t'as enchaîné, sans transition... « J'ai envie de mourir. Plus ça va pire c'est, et justement c'est à cause de la peur. J'ai peur de crever, faut être honnête, mais j'ai encore plus peur de vivre. Parce qu'on pourra pas toujours rester là, à se faire un joint, à serrer les coudes jusqu'au bout de la nuit. Un jour où l'autre vous allez partir, grandir, évoluer, et moi je resterais là, figé, comme une statue de glace qui fond lentement, sous un soleil d'hiver qui l'achève, à petit feu. Et tout, mais alors tout, plutôt que ça. »

 Mais tu mentais. Bien sûr que tu mentais. Parce qu'on est jamais partis, on était là, tous les soirs, on était encore là hier soir, même Cassiopée qui vit à New York, et qui s'arrange toujours pour être en face time avec nous au moins une fois par semaine. Parce qu'on sera encore là demain, et que même si c'était faux, même si le cercle s'éloignait, il resterait le cercle. Parce qu'on a gravé ça dans nos identité, qu'on s'en sert tous pour endurer la vie. Alors, tu mentais, parce que le seul qui est parti c'est toi. T'avais peur qu'on t'abandonnes, hein, tu nous voyais partir dans tes cauchemars, alors tu t'es balancé du haut d'une tour, et t'es parti. C'est pas juste. Je suis désolée, mais c'est pas juste. Parce qu'encore ce soir, on est tous réunis pour ton enterrement, nous on est là, et toi t'es parti. Et, fidèle à la promesse qu'on s'est fait, je mentirais pas. Je suis en colère putain. Je sais que c'est pas bien, que je devrais triste, désespérée, et crois moi, je le suis. Vraiment. Mais je suis surtout furieuse, je me sens trahie, et blessée, et je devrais te dire adieu, mais je sais pas comment on fait. Parce que si je te laisse partir maintenant, c'est ma colère qui va t'accompagner, et tu mérites mieux que ça. J'ai tellement envie de te pardonner. Mais ça marche pas comme ça. Parce que t'es plus là. Parce que t'avais raison, putain. La vie ça fait mal, les autres ça fait mal, et puis c'est dur, de réparer toutes les choses qu'on a cassé. pourtant, toi, t'as tout brisé, et t'es parti. Et c'est nous, qui devons jouer au puzzle avec les pièces de notre cœur, mais quand t'as disparu, t'en a emmené des morceaux avec toi, et on sait qu'on ne sera plus jamais complets. Parce que t'es parti. 

  Sauf qu'en fait, j'ai peut-être bien menti. Parce que je ne suis pas en colère contre toi, mais contre l'univers, qui t'as trop poussé à bout, qui t'a cassé. Et je suis en colère contre moi, pour pas avoir été assez présente.

 C'est toi qui est parti, mais c'est à moi que j'en veux.

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