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Partie 3

Ses sourires étaient les esclaves de son éducation, sa vie un tableau sans couleur, son cœur un cahier sans mot. N'ayant aucun intérêt pour la cruauté, il se montrait agréable et faisait toujours son possible pour aider les autres, mais cette absence de sentiments l'excluaient souvent des groupes d'individus, qui, s'ils le toléraient, ne recherchaient jamais activement sa présence. Les gens le considéraient généralement comme un robot, et pour cause, il agissait comme tel. En quelque sorte, le cavalier sans tête avait laissé sa place à l'humain sans cœur.

 Très peu de gens étaient au courant de l'origine de ce tic tac incessant. Sa mère, une femme chaleureuse et douce qui abreuvait son fils d'amour depuis seize ans maintenant sans rien recevoir en retour avait estimé que, moins de personnes seraient dans la confidence, plus Anthony pourrait vivre paisiblement sans subir les brimades, les moqueries. Elle était surtout effrayée à l'idée que des médecins décident de l'emmener loin d'elle pour étudier son petit garçon. A partir du moment où elle avait compris qu'il allait bien, qu'il survivrait, elle n'avait pas cherché à savoir d'où venait cette malformation. Il était la prunelle de ses yeux, la lumière de ses nuits les plus noires. Tant qu'il était en vie et en bonne santé, elle n'avait rien à demander à l'univers. Pour lui, elle aurait fait la guerre au monde entier. Pour le moment, elle se contentait de s'assurer que tout se déroulait, sinon pour le mieux, au moins dans un quotidien tranquille pour le jeune homme.

 Ainsi donc, Anthony ne ressentait rien. Pas le moindre semblant de sentiment. Jusqu'au jour où tout a basculé. C'était il y a huit ans de cela, jour pour jour. La rencontre entre deux êtres liés par le destin. Un garçon, une fille, deux vies, deux fils qui s'emmêlent, puis s'écartent.

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