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Partie 17

 Lorsqu'ils partirent, l'horloge avait déjà fait six tours, mais son tic-tac régulier n'avait plus rien de rassurant. Parce qu'il rappelait en permanence l'échéance qui s'approchait toujours un peu plus, comme une promesse macabre qui serait tenue qu'importe les circonstances. Les enfants marchaient, sans vraiment savoir vers où, sans destination et avec juste le plaisir d'être ensemble. C'est Emy qui dirigeait, et Anthony la suivait, enfermé dans une confiance aveugle. Il en profitait pour lui poser des questions sur les émotions qui traversaient son corps et son âme.

-Pourquoi j'ai envie de hurler ? Comme si l'air dans mes poumons était brûlant, que je pouvais courir des milliers de kilomètres jusqu'à m'envoler ?

-Parce que tu te sens libre. 

 Elle prit sa main dans la sienne. Leurs paumes pâles étaient tièdes. Elle s'élança. La direction importait peu, et la seule destination était... Loin. Loin de sa peine, juste quelques jours. Avant qu'il ne soit trop tard. Ils coururent longtemps, et quand enfin il s'arrêtèrent, ils étaient perdus au milieu de nulle part. Dans toutes les directions, des champs de blé. Pas de routes, ils n'en avaient suivi aucune. Ils avaient foncé, droit devant eux, sans jamais dévier, traversant les jardins d'inconnus, des routes, un bois. Pas de chemin autre que celui qu'ils se traçaient à chaque pas.

-Où est-ce que tu m'emmène, Emy ?

-Je suis cette étoile. L'étoile du Berger. Qui brille plus que toutes les autres. 

-Pourquoi elle ? Parce qu'elle brille ?

-Non. Parce que quand j'étais enfant, on me racontait toujours une histoire... Avant, il y a longtemps, il y avait un village sur le flanc d'un volcan. Et dans le trou de ce volcan, il y avait l'enfer. Alors quand il grondait, les villageois sacrifiaient toujours deux filles vierges et un troupeau de mouton tirés au sort parmi tous les habitants. Mais un jour que la terre commençait à trembler, un berger fut désigné pour offrir ses deux jumelles et son troupeau. Il aurait aimé supplier, et protester, car les fillettes et les animaux étaient tout ce qui restait depuis le décès de sa femme, quelques semaines auparavant. Pourtant, au fond de lui, il savait que ce n'était que justice. Chacun des villageois devait payer son lot, et c'était maintenant à son tour. Ce qui lui faisait le plus mal au cœur, c'était de savoir que ses deux petites filles d'à peine huit ans seraient perdues toutes seules, et qu'elles ne pourraient jamais monter au ciel et trouver le paradis sans aide. Alors il décida de les accompagner. Sa famille et ses bêtes avaient bien plus besoin de sa présence que les amis qu'il laissait derrière lui. Ainsi, les enfants ne pleurèrent pas devant le cratère, car elles savaient que leur mort était nécessaire et qu'elles ne seraient jamais seules. Au moment où la vie les quitta, on aperçut une étoile monter au ciel. Elle brillait plus que toutes les autres, car cette étoile est avant tout un repère pour les âmes égarées. Et, c'est un peu ce que nous sommes, pas vrai ?

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