-Je viendrai avec toi.
Il avait dit ça comme s'il parlait de la pluie ou du beau temps. Il avait dit ça comme si en regardant la neige il avait dit qu'elle était blanche. C'était une vérité, une certitude. Il n'avait aucun doute.
-Pourquoi, demanda-t-elle.
-Parce que je t'aime bien.
-Alors dors, je te réveillerai.
Emy soupira, en le regardant s'étendre à même le sol, drapé dans un sweat gris qu'il avait enfilé après le repas, la laissant elle-même assise sur le lit, perdue dans ses pensées. Elle lui aurait bien proposé de garder son lit pour lui, mais elle savait parfaitement qu'il aurait refusé. D'ailleurs, elle était totalement ébahie par le fait qu'il songeait sérieusement à partir à ses côtés, sans songer au mal que cela ferait autour de lui. Elle, elle savait à quel point sa mère serait dévastée. Lui, évidemment, n'ayant jamais affronté la douleur de la perte d'un être cher, ne pouvait même pas envisager ce qui se passerait. Emy ne voulait pas être égoïste. Elle ferait mieux de ne pas le réveiller. Mais elle ne se sentait pas de le laisser là, qu'il se réveille le lendemain comme un enfant trahi. Elle savait que cela pouvait durcir un cœur. Puis, quand il s'était allongé sur le sol pour dormir, il n'avait pas hésité une seule seconde, il n'avait pas douté d'elle. Elle se refusait à briser cette confiance. De plus, il fallait bien se l'avouer, la jeune fille n'avait pas envie de partir seule. Elle soupira en secouant sa chevelure, ses grands yeux gris voilés par le dilemme qui la travaillait. Puis elle haussa les épaules : elle serait égoïste, elle prendrait le garçon avec lui, pour quelques jours seulement, mais elle le ferait. Bizarrement, il la rendait heureuse, son sourire enfantin, ses manières, la façon dont il découvrait les choses, lui en entier, il la mettait à l'aise.
Un instant, elle se demanda ce qu’elle devait comprendre dans ce « Je t'aime bien ». Mais justement, il n'y avait rien à comprendre, ce n'était que de l'affection qui dansait dans le regard du garçon. Il n'était pas encore capable d'amour, ou bien il n'en éprouvait aucun pour elle. Elle le regarda dormir, mais pour sa part, elle ne s'abandonna pas au luxe de fermer les yeux. Qui sait, si elle se laissait aller, elle pourrait s'endormir et ne pas se réveiller avant le lendemain. Peu avant minuit, elle le secoua gentiment. Il ouvrit les yeux doucement, et il croisa son regard. Il remarqua d'ailleurs que ses iris étaient plus sombres que ce qu'il avait supposé de prime abord, comme cette pierre qu'il avait vue une fois et qui s'appelait spinelle. On lui avait appris qu'il pouvait y en avoir de pleins de couleurs, mais celle qui avait attiré son regard était grise très sombre. Maintenant, avec son regard nouveau, il fouilla dans son souvenir pour en trouver chaque détail, et une fois la pierre gravée dans son esprit, il s'autorisa à la trouver jolie. Autant que les yeux d'Emy. Il se leva, et sur sa demande, mis des vêtements ainsi qu'un peu d'argent dans un sac. La jeune fille, elle, écrivit un mot :
« Madame Reeves, je suis partie et votre fils m'a accompagnée. Je vais vous le ramener, sain et sauf, je vous le jure sur ma vie. Il ne lui arrivera rien je veillerai sur lui. Ce n'est pas pour toujours, juste quelques journées, mais nous avons besoin l'un de l'autre.
Mille excuses ~ Emy »
Anthony récupéra ensuite la feuille pour y ajouter quelques mots. Par respect pour l'intimité de son amie, il se retint de lire se qu'elle avait écrit et se contenta de s'exprimer calmement sur la feuille de papier.
« Maman, je t'aime. Mais il fallait que je parte pour me trouver moi-même. Emy est la seule qui peut m'enseigner ce que j'ai besoin de savoir. Je n'ai pas touché à ton argent, ni à quoi que ce soit qui t'appartienne. Je reviendrai, je te le jure. Mais je vais enfin devenir un homme, et par là, je ne veux pas dire un adulte, je veux dire un être humain. Tu dois être fière de moi. N'oublies pas que ce n'est qu'un au revoir, ma mère, et surtout, que tu restes la première dans mon cœur. »
~Anthony »