-Tu sais pourquoi je réagis comme ça ? Tu n'as pas pleuré toi.
-Tes sentiments sont tout nouveaux, et très fort. Tu réagis plus violemment que ce que j'avais imaginé. On devrait aller ailleurs, dans un endroit plus calme.
Le jeune homme ne réfléchit pas un seul instant, et désigna du doigt une toute petite colline qui s'élevait derrière le village. Il prit ensuite la main d'Emy et l'entraîna en silence. Un lien se créait sans les mots, dans quelque chose de plus profond et plus intime qui ne pouvait exister qu'entre eux, que dans le mouvement et l'harmonie qu'ils s'apportaient mutuellement. Au même rythme, leur respiration toujours à l'unisson, ils arrivèrent au sommet de la colline et s'assirent dans l'herbe fraîche.
-Parle moi de toi, Anthony, commença la brunette. De ton père, de ta mère...
-Je n'ai pas de père. Il y a l'homme qui m'a créé, qui est parti dès qu'il a posé les yeux sur moi, qui a abandonné ma mère. Mais il n'y a pas de père.
Les poings et les dents serrés, il tremblait de tout son corps, et ses yeux s'étaient légèrement assombris. Son ton était devenu dur comme de la roche, tranchant comme un sabre aiguisé. Ses émotions le rendaient tellement plus grand, plus puissant, plus... humain.
-Qu'est-ce que je ressens ?
-Qu'est-ce que tu as envie de faire ?
-De taper dans un arbre, répondit-il froidement.
-Tu es en colère.
Et dès qu'il entendit un mot posé sur ce qu'il ressentait, cela sembla s'apaiser soudainement, et laisser place à une vague inquiétude mêlée à de la déception.
-C'est ça la colère ? C'est désagréable. Je ne veux pas parler de lui. Je veux des sentiments positifs. Fais moi rire, Emy... supplia-t-il avec une tête d'enfant boudeur.
Elle lui raconta quelques blagues, le chatouilla légèrement, et il sembla satisfait et soulagé. Alors, il recommença à parler de lui, de son enfance qui aurait pu être difficile, s'il avait eu des sentiments. Il aurait eu la peur qu'on découvre son horloge, la tristesse de l'isolement... Mais les choses avaient été si simples pour lui. Il avait des facilités à étudier, à s'adapter. Il avait donc grandi tellement protégé, dans sa bulle, conscient de centaines de choses autour de lui, de l'amour d'Henriette qu'il ne partageait pas, du mouvement des nuages poussés par le vent, de la diversité des autres et de la complexité du monde.