Alors, j'étais sous la douche, détail inutile évidemment, et je réfléchissais, comme ça m'arrive tout le temps. Je me demandais si l'on peut dire d'une fille qui se rase les jambes, qu'elle est féministe. Parce qu'on entend si souvent parler de ces femmes qui laissent pousser leur poils pour se revendiquer féministe. Je me posais la question, parce qu'honnêtement, bien sûr que je soutiens notre émancipation mais... J'ai envie d'être désirable tout de même. Désirable au sens sociétal du terme. J'ai pas envie qu'on se dise à propos de moi "Tous les goûts sont dans la nature, elle finira bien par se caser". J'aimerais bien rentrer dans la catégorie mignonne, ou jolie, à défaut d'être sexy.
Est-ce que c'est incompatible avec être féministe ? En un sens, peut-être. Après tout, ça veut dire nier ma propre identité pour me plier à ce que la société veut d'une femme. Ventre plat, seins ronds, fesses fermes, hanches propres à procréer, visage fin, mais pas trop. Celles-ci ne sont pas forcément du goût de tout le monde, mais on ne peut jamais les qualifier de laide. On dit "Elle est jolie, mais pas mon type". C'est ce que j'aimerais qu'on dise de moi, je crois.
D'un autre côté. Je suis une fille, une adolescente, j'ai la chance immense d'être à l'aise avec mon genre. J'ai conscience de mon corps, ce qui ne signifie pas pour autant que je l'aime, mais au moins que je sais ce qu'il vaut, ses mensurations, et tout le reste. Est-ce que faire le choix de le rendre désirable n'est pas un acte de revendication ? Je veux dire, c'est à moi, tout ça. Si devenir jolie est un choix pris en connaissance de cause, est-ce réellement un problème ?
Au delà de mon genre, en tant qu'être humain, c'est mon droit le plus basique que de tenter de m'accepter. Et si ça veut dire, me raser les jambes, c'est comme ça, je pense. Et quand bien même je le ferais pour plaire à mon.a partenaire (si j'en avais un.e) ça voudrait juste dire que j'ai choisi de faire ce que JE veux de mon corps, c'est à dire l'apprêter pour la personne que j'aime.
Ce qui est difficile, au fond, c'est de faire face à ses femmes magnifiques que l'on voit dans les magazines. Même les mannequins un peu ronds qu'on commence à voir apparaître ne me représentent pas. Elles ont un peu de cuisse, une poitrine magnifique, des hanches, et même si leur ventre est un peu bombé, il reste lisse et bronzé. Comment je suis censée me reconnaître là dedans ? Je me vois toujours comme dans un miroir grossissant je sais, mais je ne suis pas aussi... Lisse. Mes traits sont mal dessinés, mes sourcils se barrent un couilles, bonjour les vergetures, je suis grosse, et même au niveau des épaules, j'ai une carrure de mec. Sauf que je fais un mètre soixante deux, donc le mélange est bizarre. Je voudrais dire que je m'en fous, qu'une femme ne devrait pas se définir par son physique, qu'on vaut mieux qu'un reflet envoyé au monde. Si c'est ça être féministe, je ne le suis définitivement pas. Je n'y arrive pas. Je ne peux pas, juste, me regarder dans le miroir, et me dire "Tu t'en fous, tu t'en fous. Tu t'en fous !". En fait, je ne peux pas me regarder dans le miroir, comme ça c'est fait, à part quand je me maquille le matin pour cacher la catastrophe de mon teint, de mes cernes, ou de tout le reste, j'évite mon reflet au possible. Je n'arrive pas à prendre des photos de moi sans un filtre snapchat, je ne me sens pas présentable, et l'année dernière, j'ai pleuré en sport parce que mon prof de sport me regardait depuis une minute avec attention.
Pourtant je n'ai aucun doute sur le fait qu'on soit aussi intelligente, sportive, ambitieuse, et réussie que les hommes. Et la société évolue dans ce sens aussi, il suffit de regarder barbie. Au début, c'était juste un poupée qu'on habillait. Malsaine à mourir, d'ailleurs. Vous avez vus ses proportions ? Jambes trop longues et trop fines, enfin, elle véhicule toujours un idéal de beauté inatteignable naturellement. Mais elle s'est développée. Elle a été coiffeuse, journaliste, babysitter, astronaute, enseignante, pompier, gendarme, médecin et même footballeuse. Elle donne des rêves aux petites filles. C'est bien. Il reste encore du chemin, mais on a avancé déjà, depuis l'époque romaine où on était à peine au dessus des esclaves.
Voilà, je suis encore partie dans tous les sens, mais j'ai dit tout ce que je voulais dire, je crois.