Qu'est-ce qu'il reste quand je pleure, le soir dans mon lit ? Qu'est ce qu'il reste quand je hurle, mais que personne n'entend ? Que reste-t-il quand le monde se paralyse ?
Il reste au fond de moi la pensée de tout ces gens qui vont bien plus mal. Il reste la conviction que tout abandonner alors qu'eux se battent dans des combats plus durs que les miens est une insulte. Il reste ma fierté, qui me brûle de résister quand d'autres y parviennent, pour ne pas être la plus faible. Il reste le viscéral instinct de survit, qui nous pousse une fois de plus à reprendre une goulée d'air parce que tout n'est pas perdu.
Alors, je serre les poings, je serre les dents, et je me dis :
Sèche tes larmes, ma fille. Ton combat a à peine commencé. Et tu es armée ma fille. Tu es privilégiée, avec la bouffe dans ton assiette qui t'engraisse comme la truie que tu es. Tu as un toit qui te protège du froid. Alors tu ne peux pas perdre espoir, pas vrai ? C'est une question de respect, ça, ma fille. Pour tout ceux qui n'ont rien, et pour tout ceux qui t'ont donné, tu peux juste continuer à avancer. Réfléchis. Tes matins sentent le fumier, ton arrêt de bus pue les joints de mauvaise qualité, les rues sentent la pisse. Eh bien réjouis toi, ma fille, parce qu'ailleurs, ça sent juste la mort et la haine.
Dans ces moments, je mords ma lèvre au sang, et je me prépare à la tempête.