J'ai littéralement passé ma journée à pleurer. Au début, c'était pour cette histoire de tiers temps au bac, et après, je ne sais plus vraiment. Tout semblait être une raison idéale pour verser mes meilleures larmes. A dix heures, quand j'ai été voir l'infirmier pour la première fois, j'ai passé une demi-heure, les yeux dans les yeux, à le baratiner pour lui faire croire que j'allais mieux. Il m'a dit :
"Soit tu vas mieux, soit t'as décidé de te tuer et c'est ce qui te rends comme ça."
J'ai hésité, un peu, et puis j'ai répondu
"Monsieur, je viens vous demander un tiers-temps pour le bac. Vous croyez que je l'aurais fait si j'avais prévu de me buter ?"
Et il a hoché la tête. Convaincu. Je l'ai regardé dans les yeux et je lui ai dit que je comptais survivre alors même que j'ai un scénario et une date. Et je ne voulais pas en parler ici, pour ne pas qu'on s'inquiète pour moi, sauf qu'ici c'est le seul endroit où je peux dire ce que je veux. Alors, ouais. J'ai littéralement menti, avec mon plus grand sourire, avec la dose parfaite de nuances et de "J'ai toujours envie de mourir ou de me faire du mal" pour qu'il y croit. Pour que mes parents y croient aussi. Et tout le monde, littéralement tout le monde est convaincu que je fais des efforts pour aller mieux. C'est vrai. J'me suis pas fait vomir depuis des semaines. Je fais du sport. Je travaille. Et en même temps c'est tellement faux. Mes avant bras n'ont jamais, littéralement jamais ressemblé à ça. Je n'ai jamais eu autant envie de mourir. Même cet été finalement ce n'était pas aussi horrible. Je n'ai jamais autant pleuré, aussi. Et pire que tout, je n'ai jamais autant joué la comédie, autant fait semblant, autant breakdown autant fait de cauchemars et de nuits blanches, de crises post traumatiques. Mais allez Astral, ferme ta gueule et attends ton heure !