-Petite intro rapide, ce texte va être incompréhensible. Je me disais qu'il serait plus clair si je le lisais. Peut-être que vous réaliserez mieux si vous fermez les yeux, et essayez de visualiser les images. Ou peut-être que je suis folle et que c'est incompréhensible ? Peu importe. Je vous mets juste l'audio du texte, essayez de l'écouter avant ou après avoir lu la version dactylographiée. Et bienvenue dans mon monde-
Et puis ça sent le souffre. Une odeur qui prends à la gorge. De toute façon, cette journée entière a un goût de café noir, trop fort et sans sucre. Le genre qu'on avale parce qu'on a pas le choix, petite simulation devant les collègues, essayer de faire croire qu'on est adulte nous aussi. Une journée grisâtre, définitivement. Et silencieux, je regarde les gens qui passent, qui marchent dans les rues de Paris. Silencieux, je voudrais hurler pourtant. Les cris peuvent ressembler au miel, ou à de la terre mouillée qui étouffe, c'est vrai. Qu'ils soulagent, ou qu'ils me tuent, tout semble préférable à cette odeur de pluie qui m'envahit. Odeur de pluie, c'est drôle, non ? Il y avait un autre mot avant. Un mot pour ça, pour le sentiment odeur de pluie. J'ai perdu le mot. C'est pour ça que je suis silencieux, personne ne me comprends. Je devrais faire un effort, je sais, mais transposer du monde majeur au monde mineur, c'est un accord imparfait. Il y a un temps où le langage des autres était aussi le mien, mais leurs mots sont des pièges. Les miens sont tellement plus clairs. Et si je dis que ça sentait le souffre, la sensation dans ma gorge parle mieux que n'importe quelle expression, il n'y a pas de non sens, seulement des émotions.
Les gens marchent dans les rues de la ville. Ils sont d'un gris un peu translucide, si je cligne des yeux assez vite, je les confonds avec la pluie, et j'oublie les doubles croches de leur pas. C'est fou ce qu'ils vont vite. Ils sont tous Allegro, et pourtant tellement... Ce sont des feuilles de papier Allegro.
Vous ne comprenez pas ? C'est normal, de toute façon. Mettre mes pensées en mots, c'est. Bruit de quelque chose qui se brise. Non, vous ne comprenez toujours pas ? Vous êtes... Je n'ai pas le mot, c'est comme... Eh bien pour moi, vous êtes... Mais vous n'allez pas comprendre ! Ce serait que vous êtes... La Terre, disons. Et moi ? Eh bien moi, je suis Pluton. Et si j'essaie d'expliquer mes pensées, eh bien, comment le dire autrement ? Non, il n'y a pas d'autre mot. Bruit de quelque chose qui se brise. Je peux essayer dans votre langue, je... C'est simple. C'est pourtant simple, vous devriez le voir. Si demain la Terre entre en collision avec Pluton, tout va se casser. Eh oui, c'est le bruit de quelque chose qui se brise.
Mais de quel côté de la fenêtre êtes vous ? Les mots n'ont aucune importance ! Ce sont les images ! Il faut imaginer, il faut ressentir. Mon langage n'est pas fixe. Pourquoi voulez vous traduire ? Vous... Vous êtes gris vous aussi, mais sombre. Froid. Froid comme le reste du monde, finalement, vous sentez... Ce n'est pas... Vous n'êtes qu'un accord parfait, sur une gamme de Do. Majeur. Vous êtes un accord parfait majeur, de Do. Ecrit sur une vulgaire clé de sol.
Bien sûr que vous ne comprenez pas. Vous voulez simplement écouter. Je vous l'ai dit. Il faut voir. Et ressentir. Ce n'est pas si confus, si vous faites confiance à votre imagination.