Bon on est désormais arrivé à un point tel que je considère même pas que je rechute quand je me mutile parce que de toute façon, je le fais tout le temps.
Mais là, pour le coup, j'ai rechuté, genre ça faisait bien trop longtemps que j'avais pas fait autant, aussi profond tout ça.
La vraie question, c'est surtout quand est-ce que je vais arriver à dormir toute seule sans regarder des vidéos jusqu'à m'endormir dessus, sans écrire jusqu'à tomber de fatigue ou lire jusqu'à ce que tous les mots se mélangent dans ma tête ? C'est aussi ça le problème avec le confinement. Je suis tout le temps toute seule avec mes pensées. C'est dangereux. Surtout pour moi en fait. Alors je me rattrape en restant en call avec mes amis, en traînant avec ma famille ou en regardant des films. Mais ça marche pas, enfin pas vraiment, et surtout plus maintenant, alors je reprends mes lames, parce que, comme ça, au moins, ce qui se passe dans mon corps et dans ma tête c'est pareil, c'est le champs de bataille c'est le bordel. Et ça ne va pas, mais on fait avec, on fait comme ça.
Je voudrais bien pouvoir fermer les yeux et dormir, les ouvrir, et aller bien. Mais c'est de pire en pire, et j'ai repris les tics de mes TCA et c'est pas bon ça, c'est vraiment pas bon. Ce matin, j'ai mis vingt minutes à manger une compote. Au FIGRA, j'avalais des chips en tellement petites bouchées que je les sentais à peine. Et, là, je sens que ça revient, l'envie de se faire vomir tout le temps, tout le temps. Je retomberais pas là dedans, par contre. C'est certain. Je dis pas, une rechute occasionnelle, après un repas, c'est pas toujours possible de l'empêcher. Mais me faire vomir quotidiennement, non, je retomberai pas là dedans, je suis plus forte que ça.
En attendant mes bras me brûlent, et peut-être que j'aime bien ça, en même temps ça me dégoûte. Y'a beaucoup de sang, c'est pas facile de taper sur mon clavier sans en foutre de partout, mais c'est peut-être ça le pire. Le pire c'est que ça m'empêche d'écrire de façon à l'aise. C'est juste ça. Parce que la mutilation, pour moi et dans mon cas, je me dis que ça va. J'en mourrais pas, et je me sens pas prête à arrêter. Un moment je me suis dit "Pour le mainsquare, soit clean depuis une semaine". Mais je peux pas, et donc, inutile de me mettre des objectifs que j'accomplirais jamais, à part la déception j'y gagne rien. Dans tous les cas, voilà, je suis là, et je peux pas encore arrêter. En fait, mes cicas, elles sont positionnés de façon stratégiques. Celles sur les cuisses, les mollets et les chevilles, c'est quand j'ai juste besoin d'avoir mal. C'est celles-ci que je veux limiter. D'ailleurs ça a été efficace, j'ai plus de trace en dessous du genoux. Donc j'ai progressé. Celles sur le ventre, c'est quand je veux vomir. Que je me trouve grosse. Si j'arrête ça, je recommence à aller gerber. Donc c'est non. Puis celles sur le poignet, c'est quand j'ai envie de mourir. Le truc, c'est qu'à chaque fois je promène la lame sur ma jugulaire puis je finis par me couper sur le bras parce que ça craint moins, que, comme dirait Fauve "la souffrance vaut toujours mieux que la mort, c'est moins définitif aussi". Je sais pas si c'est vrai, mais je leur fais confiance. Du moins pour le moment. Toujours est-il que si j'arrêtais les cicas sur l'avant bras, je finirais par craquer et me buter une bonne fois pour toute.
Mais quand on meurt, on fait pas face aux conséquences. On se barre, et c'est ceux qui restent qui doivent ramasser les pots cassés. J'ai envie de mourir, oui. Mais c'est pas aux autres d'en payer le prix. La douleur c'est différent. C'est entre moi et moi. Personne qui aura sa culpabilité à part moi. C'est moins égoïste. Je sais pas si un jour je deviendrais égoïste. En ce moment, j'essaie de pas trop y penser pour pas être tentée.
Mais il est deux heures vingt du matin, je suis seule avec mes pensées. Et je lutte pour pas me noyer.