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Première épreuve - Funambule

Comme une gamine qu'on jette en pâture au lions, destinée à mourir, pour moi, c'était "marche ou crève". Bien sûr je me plains pas, ça aurait pu être pire, je crois que je peux survivre, mine de rien. De toute façon tout le monde à ses épreuves, et les miennes sont basées sur mes faiblesses. Je sais qu'il y en aura beaucoup, mais encore une fois,  ça aurait pu être pire, parce que j'ai pas pris l'horreur du monde de plein fouet, alors y'a des trucs qui m'ont pas fragilisés, parce que je sais pas ce que ça fait. J'ai pas de gros traumatismes liés à mon enfance, enfin, pour l'instant, vu que je suis encore une enfant.

La première épreuve. Douze mètres de hauteur, pas de filet. Et moi j'ai le vertige. Doucement, je m'accroupis sur la corde, me maintiens en équilibre quelques secondes, en fermant les yeux. Puis je me relève, le plus droite possible. Je connais mes règles, plus le droit de s'abaisser à nouveau, et seuls mes pieds doivent rester en contact avec le fil, donc si je glisse, pas question de me rattraper avec mes mains. 

 

Un pas. Hésitant. Puis un deuxième. Qui l'est tout autant. Je tremble. Je respire, tout est saccadé. Un pieds. Puis l'autre. Et inévitablement, je finis par regarder en bas, et je suis saisie de tremblements de plus en plus violents. Le vertige est un problème qui s'explique par le fait que tes yeux disent à ton cerveau "tu es dans le ciel" et tes pieds lui disent "tu es sur Terre" et qu'une liaison se fait mal. Mais que faire de ces détails maintenant ? Peu importe, je regarde le sol, je le fixe, je l'observe avec tellement d'attention que je pourrais le dessiner, dans dix ans. J'en apprends les formes et les détails, je l'assimile, jusqu'à cesser de trembler. Ma vie en dépend de ce moment, de si j'arrive ou non à tuer le premier de mes démons. Au début, j'ai cru que non, mais je ne tiens pas à mourir, et je découvre un nouvel élan de volonté en pensant à tous ceux que j'ai aimé, que j'aime, et que j'aimerais. Alors je relève la tête. Assurée. Je ne marche plus je danse, au bord du vide, au bord du monde.

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