Il se réveilla le lendemain sans même avoir réalisé qu'il s'était endormi. Sa mère lui avait laissé quelques tartines recouvertes de confiture de mangue, qu'il avala rapidement, sans même savoir pourquoi. Et c'est presque en courant qu'il arriva à l'école pour retrouver ses camarades dans la cour goudronnée. Inconsciemment il cherchait la petite Emy. Mais elle n'était pas là. Quand la sonnerie du matin retentit, interrompant la partie de basket que les enfants disputaient, ils entrèrent en classe et au fur et à mesure que le silence se faisait, le tic tac de son cœur devint de plus en plus bruyant. Il montra calmement sa montre, comme si c'était une évidence. L'enfant s'approcha ensuite de sa professeur, une brave femme d'une quarantaine d'année, blonde et toute en rondeur, sympathique et patiente pour lui expliquer qu'il avait ressenti la douleur pour la première fois. Le mensonge qui avait été servi à tout le monde jusqu'alors, enseignants, élèves, inconnus, c'était qu'il avait un retard émotionnel important, qui l'avaient empêché de développer des sentiments. Il lui raconta son aventure de la veille, la chute, le sang, et la douleur. L'enseignante savait que certaines choses avaient bien plus d'importance que le programme scolaire, et parmi celles-ci, l'entraide et la solidarité. Alors, avec l'accord de son élève, elle décida d'ouvrir la discussion avec toute la classe.
-Vous savez, mes petits, que jusqu'alors, Anthony ne ressentait rien. Hier pourtant, une étape importante de sa vie a eu lieu, il a eu mal pour la toute première fois. Comme vous pouvez vous en douter, c'est quelque chose de difficile, et j'attends de vous que vous le guidiez et le souteniez.
On dit que les enfants sont cruels. Dans le cas d'Anthony, rien ne fut plus faux. Il n'y eu pas une seule remarque désobligeante, pas une seule moquerie, rien d'autre qu'une immense bienveillance de la part de tous. Et ce sont ses camarades qui l'aidèrent à réaliser qu'il n'y avait pas que la douleur qu'il était capable d'éprouver.
-C'est un peu comme quand on a très faim, et qu'il faut qu'on mange très vite. Je crois que j'ai faim de cette fille. Enfin, je ne veux pas la manger...
Il bégayait légèrement, conscient que son explication était douteuse, mais ne trouvant aucun autre mot pour décrire cette impression étrange qu'il avait.
-Donc, il faut que tu la voie très vite, c'est ça, s'enquit une petite fille aux bouclettes rousses prénommée Henriette.
-Exactement !
-Alors tu es pressé de la revoir, renchérit-elle. Donc tu es impatient !
-C'est un sentiment ça ?
-Ben... C'est comme quand ça va être Noël et qu'on ne veux pas attendre pour avoir nos cadeaux. Et... Comment tu as dit qu'elle s'appelait, déjà... Ellie ? Elle c'est ton cadeau. Et Noël c'est quand tu la reverras, et t'as pas envie d'attendre !
-Il est impatient, s'exclamèrent tous les autres, ravis.