L’amour d’une soeur
L'arcade de fer se referme avec un bruit sourd. Les nuages qui composent ce quatre septembre donnent un air légèrement sinistre au portail. Il est grand, noir, et d’un métal froid qui ne présente aucune trace de rouille. Son haut, hérissé de pointes, semble protéger le grand manoir de toute intrusion. Ce grand manoir ressemble au portail. Comme lui il est immense, et imposant : une aile centrale, deux ailes latérales, plus de pièces qu’il n’est possible de compter. Un toit d’ardoise grise surplombe les quatres étages, sans compter les deux sous-sols, et on peut y apercevoir deux fenêtres petites fenêtres jumelles. A l’extérieur, pas une feuille de lierre n’oserait s’aventurer sur la façade parfaitement propre, les volets ouverts, faits d’un joli bois verni, laissent entrer à l’intérieur la lumière du soleil. D’ailleurs cet intérieur est parfaitement décoré, dans des couleurs chaudes et beiges qui créent des impressions chaleureuses. Dans le salon du deuxième étage, le dos droit, toujours le dos droit, et les lèvres pincées, une femme attends, assise dans un fauteuil de velours rouge. Ses cheveux blonds sont remontés dans un chignon strict, duquel pas une mèche ne s’échappe. Elle a beau être fine et très grande, de telle sorte qu’il semblerait aisé de la casser, elle dégage une aura de force et de détermination. Elle attend donc, mais quoi ? Eh bien, ses deux enfants qui viennent de passer le portail. Ils rient ensemble, se taquinent sur la longue allée pavée. Ils sont frère et sœur, c’est certain, et même, ils sont jumeaux, aucun doute. Les cheveux blonds de leur mère, et les yeux bleus profond de leur père. Un nez fin, peut-être un tout petit peu retroussé, des lèvres pleines, des dents parfaitement alignées et blanches. La différence, car il y en a une, c’est le mètre quatre vingt dix d’Esteban, qui est plus haut que sa soeur d’une trentaine de centimètres. Il est aussi plus fort, plus musclé, là où elle semble faite de cristal et de glace. Il pose un baiser sur le haut de son crâne, et elle sourit. Alors même qu’ils arrivent à la grande porte de bois, une femme dans un coûteux costume beige s’incline et leur ouvre la porte.