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Je voudrais avoir des antidépresseurs. Des anxiolitiques, des trucs pour me shooter. Pas pour me suicider (quoique ?) juste pour noyer celui que je suis. J'en ai marre de pas être assez, d'être un connard, d'être fragile, d'être moi. Si au moins je pouvais ne pas m'en rendre compte, ne pas réaliser, ne pas voir tout ça. Alors, allons prendre des antidépresseurs, juste trop, la dose idéale pour oublier. Pour que moi disparaisse, et arrête de me faire souffrir.
Je me suis coupé, sur le poignet, volontairement, une fois, aujourd'hui. Juste une fois. Pourtant, je ne le fais presque jamais, ça fait presque deux ans que je ne m'étais pas fait ça. Le pire, c'est qu'il ne s'est rien passé, c'est pas comme si j'avais une bonne raison. Je me suis juste mis à pleurer, et puis bah, qu'est ce que je pouvais dire de plus, c'est tout le temps comme ça de toute façon. Je suis un con. J'ai juste plus envie.
J'ai l'impression d'être tout seul, et je me déteste à cause de ça, parce que, justement, tout le monde m'aime, me dit que je suis beau, mais je me sens tellement seul et j'ai jamais autant eu l'impression que le monde entier me détestait. Je suis un connard, incapable de voir sa chance, mais je me réveille le matin, je regarde rapidement les messages que j'ai reçu, et même celui à qui je parle chaque jour, une partie de moi me hurle qu'au fond il ne m'aime pas tellement, qu'il en a marre et qu'il ose pas le dire. C'est quoi ces putains d'insécurités ? Je ne sais même pas comment les calmer mais au fond de moi, je suis terrorisée, ça me paralyse. L'impression que je vais encore moins bien, que je suis encore moins capable d'être là, encore moins capable d'avoir les bons mots et de faire de sa vie quelque chose de mieux. Et ça me terrifie. J'ai l'impression que quoi que je fasse, je serai incapable de lui rendre le quart de ce qu'il m'a donné rien qu'en existant.
J'ai peur de pas être au niveau, mais pas du tout, de tout planter. Mon niveau scolaire a terriblement baissé, c'est terrifiant. Je n'ai toujours rien compris à la philo, et avec mon putain de prof, je déteste tout. En un seul cours il peut détruire tout ce que j'aime, tout ce qui me maintient en vie : mes amis virtuels, la musique que j'aime, la personne que je suis. En plus, la prepa s'annonce super compliquée et j'y arriverais pas, j'y arriverais pas, j'en suis pas capable, je vais juste tout planter comme je le fais toujours parce que je déçois tout le monde, tout le temps, et j'en peux plus, j'en peux plus.
J'ai peur de mourir en ayant rien fait de bien, mais mille fois plus peur de vivre, parce que mourir, c'est... Eh bien, c'est la fin de tout, c'est juste le noir et le repos. Il n'y a rien de douloureux ou fatiguant, on ne déçoit pas les gens en étant mort, on est juste pas là. Tout le monde s'y adapte, tout le monde fait avec. La mort, c'est ce que je connais. Au contraire, la vie c'est terrifiant. Tout peut s'effondrer, basculer en une seule seconde alors même que je n'aurais rien vu venir. Vivre, c'est avoir mal, tomber et se relever, c'est difficile, tellement plus difficile. Mourir, c'est être courageux une fois, vivre c'est être courageux tout le temps. Et puis, peut-être que si je crevais, au moins une seule fois, pour quelque jours, tout le monde me verrait. Astral, le genderfluid pansexuel qui se sentait à la fois à l'aise dans son genre et sa sexualité, Astral, celui qui était pas si loin de vous en classe et dont vous ne remarquiez même pas l'absence, Astral, que d'un coup vous aimerez tous parce qu'il ne faut pas dire du mal des morts, Astral, dont soudainement vous ne verrez que les bons côtés et qui, d'un seul coup, sera défini comme un élément important de vos vies, justement parce qu'il n'y est plus. J'ai envie d'être cet Astral là.
J'ai peur que mes amis ne durent pas toute la vie. Qu'on s'éloigne, qu'on s'oublie, que les choses qui avaient du sens le perdent et qu'on s'abandonne.
J'ai tellement peur, je suis tellement terrifiée que je finis par me rouler en boule dans mon lit et chialer pendant des heures, tout en étant le garçon le plus joyeux du monde par message.
Mais j'ai peur, et j'aurais tellement besoin qu'on disserte pendant trois pages sur les raisons qui font de moi un être digne d'amour.
Je me fais pitié, je voudrais juste me buter au médocs.