Léo s'assoit en plein milieu de la table, à la cantine. Les deux petites secondes ne finissent pas leur repas, et se lèvent pour débarrasser leur plateau et laisser de la place à ses potes. Tout ça fait partie des avantages d'être populaire. Des inconvénients, il n'en a pas trouvé. Une tablée entière de garçons, qui rigolent fort, reluquent les filles mignonnes, exposent leur dernière conquête. Il n'en faut pas plus à Léo pour être heureux. Surtout que des aventures, il en a eu pas mal. Avec des filles célibataires, en couple, le temps d'un baiser ou bien plus loin. Sa petite bande lui dit que personne ne peut résister à sa mâchoire carrée, ses cheveux blonds, à ses abdos. Son meilleur ami, un peu plus honnête, lui rappelle que c'est surtout parce qu'au lycée, il a le pouvoir de détruire une réputation en un claquement de doigts, et en quelques messages envoyés aux bonnes personnes. Ensemble, ils en rient. Ils n'ont pas le sentiment de briser des vies. C'est plus instinctif. Le blondinet le sait : s'il se laisse marcher sur les pieds, il finira écraser. Alors il écrase. Il connaît la loi du talion. C'est une question de survie, quand on est ado, la solidarité est trop éphémère pour ne pas compter comme donnée négligeable. Du coup, Léo est beau, populaire, craint et aimé, et ça lui va très bien. Les cheveux en bataille, la pointe de la mode, les affaires de marques et le sourire colgate. Pas un kilo en trop, des jolis yeux bruns. Il n'a qu'à se lever tout les matins pour être le roi de son petit monde.