Elle regarde son monde s'effondrer, elle prend un rouleau de scotch -jaune- pour tout réparer. Elle aimerait bien qu'on lui dise que ça marche, que le scotch jaune va tous les sauver. Elle s'improvise architecte, pour tout reconstruire, elle aimerait bien que ça tienne cette fois. Dans cette musique, elle l'a vu. Le scotch jaune qui arrangeait tout.
Sauf que les gens ne se réparent pas, et encore moins avec des morceaux de scotch, quand bien même il est jaune. Parfois, dans les pires moment, le jaune ne veut plus dire "Espoir" mais "Échec". Le jaune c'est tout ce qu'elle a réparé puis qui est tombé en miette à nouveau. Parce que tout tombe toujours en miette à nouveau.
Elle voudrait bien que quelqu'un lui dise qu'elle écrit bien, qu'elle a des jolies idées, des symboliques intéressantes, mais en même temps, elle sait que ce n'est pas le cas. Parce que non, son style n'a rien de bien, ses pensées n'ont rien de belles, et ses symboliques sont vagues et approximatives. Mais elle continuera quand même.
Elle continuera comme une ingénieure, d'essayer de réparer les gens et le monde. Elle continuera d'écrire de longs messages, qu'elle effacera parce qu'ils sont horribles. Ils disent sa peine, sa peur, ils ne sont pas nécessaires. Ces mots là, personne n'a besoin de les entendre, et surtout pas ceux qui souffrent déjà. Alors elle efface, à la place, elle écrit qu'elle aime.
Toute sa vie, elle le fera. Ses mots comme des scotchs jaunes, qui vont où ils peuvent pour aider, aimer, supplier. Le reste n'a pas d'importance, en-a-t-il jamais eu ? Ce qu'elle voudrait dire ou hurler, pas écrire - du moins, pas poster comme un article sans réponse-, ces mots là, ils n'ont aucune importance.
Alors elle les efface à chaque fois qu'elle essaie de les envoyer. Parce que ces mots là ne sont pas du scotch jaune, ce sont des couteaux qui tuent, alors elle doit les garder en elle, pas les lancer sur les autres. Parce qu'elle est là pour ça, c'est la chose qu'elle fait le mieux, écouter, aider, soutenir.
Pourtant, même ça, elle le fait mal. Le scotch jaune qu'elle utilise s'efface toujours, montrant des plaies toujours plus à vif sur son monde et ceux qu'elle aime. Elle a décidé qu'elle resterait debout jusqu'à ce que ça s'effondre. Quand il n'y aura plus rien de ça, plus rien ne la retiendra. En attendant, elle reste pour soulager autant qu'elle peut, parce que c'est à ça qu'elle sert.
Elle sert à aider les autres, c'est sa voie. Alors elle chasse de sa bouche, du moins elle essaie, tout ce qui n'est pas du scotch jaune, mais les morceaux qui restent sont encore abîmés, parfois déchirés. Tant pis. Devant son miroir, silencieuse, elle force un pâle sourire, mais au fond, il lui en reste des choses à dire.