Je regarde mes messages, et je ne bouge pas. Mes doigts sont lourds, je suis pas capable de répondre. Demande de l'aide Astrale. Demande-leur de te dire qu'ils t'aiment et que le onde serait pas pareil sans toi, demande leur de te sauver.
Mais non. T'y arrives pas. Alors tu chiales, tu écris un peu en espérant que ça passe. Et bordel, t'as beau savoir que tu les aimes, tu gères rien. T'es nulle. Le pire c'est que tu es censé être heureuse. T'as pas le sida, t'as rien. Mais voilà, tu gères pas, tu te noies comme une conne, et tu bouges pas. Le combat, il a déjà utilisé trop de mes forces. Là, honnêtement j'y arrive plus. Je veux dire, je vais survivre, pas de problème. Mais je suis vraiment, vraiment fatiguée de... D'exister. D'être. Je ne veux plus. Evidemment, ce que je veux, ça ne rentre pas dans l'équation au final. Et le résultat est toujours le même. Le résultat c'est la douleur, les pleurs, les lames, la vie. Le résultat ça sera toujours la vie. Je suis résignée, c'est bon. J'arrête de vouloir me suicider, j'arrête même de vouloir. Parce qu'ils disaient tous que je pourrais être qui je voulais, et c'est faux. Il n'y a qu'un seul chemin. Celui de la vie. Et de tout ce que ça implique, la haine, les crises de paniques et tout ce qui est caché, enfoui, et dont j'ai jamais parlé. Les mots que j'ai pas su dire, toute la partie de mon histoire qui est encore un secret pour tout le monde. C'est ça le chemin. Parce qu'ils disaient que j'avais le choix, mais c'est faux. Une seule solution. Mourir n'existe plus, ce n'est même plus une possibilité maintenant qu'il y a tout ce poids sur mes épaules. Alors j'en ris, je fais des blagues sur mon propre suicide comme on rirait d'un idiot qui veut décrocher la lune, et je garde ce souhait au fond de mon coeur, en secret, tout en sachant qu'il ne me sera pas accordé.
Vivre c'est pire. C'est plus douloureux, c'est long. Il va falloir s'habituer à avoir mal tout le temps, à se noyer tout le temps. Il faudra apprendre à ne pas respirer. Resister à la tentation de la délivrance dans chaque plaquette de médicaments, dans chaque fenêtre assez haute, dans chaque voie ferrée. Et juste reprendre une lame. Désolée pour le papillon. De toute façon, j'aurais du savoir que ça ne servait à rien de lutter.