Les couleurs flottent un peu, les sensations sont étranges. J'ai l'impression d'être totalement en phase avec mon corps et de l'autre côté, que rien ne marche correctement, comme si j'étais déconnectée. Je vois la musique, et j'entends des couleurs, honnêtement je ne saurais pas décrire. De toute façon, j'ai toujours en un sens associé les sensations à des goûts des odeurs et des sons, je me suis toujours amusée à mélanger mes sens. Mais là c'est différent, c'est beaucoup plus naturel, ça coule presque de source. Y'a tellement de mots qui se bousculent dans ma tête, qui forment un texte abstrait, mais je n'ai pas envie de l'écrire. J'ai toujours partagé mes mots, mes récits et mes histoires mais là, c'est différent, c'est juste pour moi. Je n'ai pas envie que ça devienne publique, en fait, même avec Léa ou Ayden, je ne serais pas d'accord pour en parler. C'est bien que ça m'appartienne un peu, c'est joli quand c'est juste mon secret.
Il y a ce jeu, où je dois ordonner des couleurs pour former un camaïeu. Je fais ça sur mon téléphone dans le noir, puis il y a ma musique, et je plane. Je sentirais presque le vent dans mes cheveux, l'air sur ma peau. Je plane en plein milieu des nuages, et de plus en plus haut. Au début j'avais peur, parce que ce n'est pas normal. Je ne suis pas censée réagir comme ça. Maintenant, je suis trop haut pour ça. La douleur m'atteint plus vraiment, d'ailleurs plus grand chose ne m'atteint du tout. Honnêtement, y'a cinq minutes je ne savais plus trop où j'étais, alors je me suis posée sur mon PC pour me remettre à jour, mais finalement ça marche pas. La sensation de mes doigts sur le clavier me balade de droite à gauche, les couleurs de la chanson qui semble être diffusée directement dans mon coeur se mélangent. Si je ferme les yeux, par contre, je perds totalement l'équilibre, mais c'est amusant. Je relâche enfin le contrôle. Et ça fait du bien. Astrale, t'es toute seule, t'es tranquille. Dans le lit, y'a la peluche que ma meilleure amie m'a offert, mon oreiller. Je peux enfin relâcher la pression. Tout le monde dort, il n'y a que moi dans mon monde, et c'est comme si tout était sur pause. Plus rien s'effondre, pas même moi, visiblement c'est une île au milieu du chaos, c'est moi qui respire enfin avant de replonger dans le torrent, de remettre la tête sous l'eau presque volontairement. C'est doux ce soir, on se repose enfin. L'apocalypse s'est arrêtée je crois. Je recommence peut-être à croire en l'avenir, et peu importe pour combien de temps, parce que je me fous de l'éternité, de l'avenir, de demain. Pour l'instant je plane.