D'un pas très léger, elle entra dans la mezzanine et s'assit sur l'immense piano blanc. Il ne s'arrêta pas de jouer pour autant, mais posa les yeux sur elle avec un doux sourire. La chanson qu'il était en train de composer était trop violente pour l'atmosphère douce qu'elle avait instaurée rien qu'en posant le pieds dans la pièce. Alors, par toutes petites touches, changeant lentement les accords, il transforma lentement sa mélodie, l'apaisa, la ralentit. Non pas qu'elle lui aie demandé quoi que ce soit. Mais il voulait être en accord avec elle, il n'avait ni l'énergie ni l'envie de lutter contre le bonheur qu'elle amenait par sa simple présence. Une chose qu'il avait déjà remarqué, c'est qu'elle irradiait. De tristesse, de peur, de joie, d'amour, ses sentiments n'étaient jamais engourdis, et toujours puissants, envahissants. Elle se laissa tomber en arrière, le dos sur la coque froide du piano, pour regarder le ciel par le toit de la véranda. Elle se sentait bien, emportée par la mélodie, emportée par son amour pour lui. Elle inclina légèrement la tête pour le regarder. Elle l'avait toujours trouvé tellement beau. Tout en lui était beau. Même ce qu'il voulait cacher. Elle adorait connaître la moindre parcelle de son corps, connaître le goût de sa peau, la douceur de ses cheveux. Elle aimait sa voix et ses yeux. Et pourtant... Elle l'avait aussi entendu tellement de fois hurler de douleur et de peur, elle l'avait vu tant de fois pleurer et désespérer. Mais, cette nuit, à ce moment là, toute la haine et la souffrance, les marques sur ses poignets, tout cela appartenait à un autre monde. Cette nuit, il était entier, avec elle, sans un mot. Ils n'avaient pas besoin de se parler, ils se comprenaient tellement. Pour quelques heures, peut-être un peu plus, le combat avait cessé. Il suffisait d'ouvrir les yeux et de... respirer.