Etre moi, c'est ouvrir les yeux le matin, et regarder l'appel qui s'est pas fini, se mute pour ne pas le quitter sans réveiller le garçon qui dort près de moi à l'autre bout de la France, sourire un peu, se sentir aimé, et en sécurité. C'est rêvasser tranquillement en se disant que c'est un joli matin, que ça sent un peu la pluie, c'est agréable. C'est traîner sur twitter, se sentir bien.
Etre moi, c'est aussi se réveiller en paralysie du sommeil, avec l'envie de hurler et rien qui sort, incapable de bouger. C'est sortir de son lit à toute vitesse pour se passer un peu d'eau sur le visage, se remaquiller pour ne pas avoir à affronter son dégoût de soi-même, pleurer beaucoup, et fort.
Etre moi, c'est les troubles du comportement alimentaires, c'est ne rien manger pendant trois jours, se nourrir de complément qu'on devrait prendre pour un seul repas et qui en remplacent deux ou trois, perdre douze kilos en moins de deux mois, et d'un coup, éclater et manger tout ce qu'on trouve jusqu'à se détester, mais tellement, tellement profondément.
Etre moi, c'est tenir trois ou quatre jours clean sans même y faire attention, sans vraiment l'avoir décidé, comme s'il n'y avait aucune addiction, et d'un coup retomber pour aucune raison, se faire mal sans même être particulièrement triste, avoir des crises de paniques en cours, n'importe quand, n'importe comment. C'est avoir besoin d'attention au possible, avoir besoin qu'on s'occupe de moi tout le temps.
Etre moi, c'est aussi passer une demi heure dans un marché de Noël à s'émerveiller de tout, tout le temps, à rire avec ses amis, à cuddle ses proches. C'est voir dans chaque image une nouvelle histoire, dans chaque rêve un potentiel, dans chaque événement une inspiration. C'est écrire, écrire tout le temps, toujours, aussi naturellement qu'on respire, c'est dessiner, c'est peindre, c'est jouer de la musique évidement.
Etre moi, c'est aussi tout l'inverse. Si je vois tout en plus grand, ma peine ma haine ma douleur mon désespoir sont aussi décuplés. C'est passer des heures à chialer, c'est ne pas pouvoir être heureuse parce que dans un sursaut de lucidité on se rappelle de tout ceux qui souffrent, et on arrive plus à exister dans la conscience de leur malheur. Et puis, c'est avoir des pulsions de destructions qui compensent celles de créations. C'est, comme dirait l'infirmier être "trop intelligente", c'est savoir où ça fait mal, chez les autres, chez soi-même, et toujours, toujours, s'en servir pour tout détruire.
Etre moi, c'est être aimée, toujours être aimée. Etre soutenue, quelque soit les circonstances, avoir des épaules sur lesquelles pleurer, des oreilles pour se confier, des bras pour des câlins, des appels toute la nuit, des gens avec qui créer, des gens avec qui partager les bons moments, comme les mauvais. Parce que, s'il y a une chose dans ma vie que je ne regretterai jamais, c'est de la partager avec mes proches.