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Des miracles - 6 ans

Alors qu’il retournait au parc pour la troisième fois, Lysandre rejoignit Alex pour aller faire des pâtés de sable. De loin, Enzo regardait toujours Lysandre avec une sorte de fascination. Alors qu’Alex s’en agaçait, son nouvel ami protesta.

-Bah, il n’est pas méchant. On pourrait être amis.

-Tu crois ?

-Je te le dis, fais moi confiance et je t’offrirai tout ce que tu veux.

Et il s’éloigna en direction du petit garçon. Ce qu’ils se dirent ce jour là, personne ne s’en souvient. Pas même eux. Pourtant, depuis ce moment, Enzo regarde toujours l’autre garçon avec le respect et l’adoration qu’impose le sacré. Il retrouve un superhéros à chaque fois qu’ils sont en contact. Depuis ce jour-là, ils ont toujours été trois pour aller jeter des cailloux sur les chats.

Cependant, ça n’était pas assez, et ça ne pouvait pas l’être. Il fallait que Lysandre prouve qu’il était capable de tenir ses promesses. Cette année là, l’école lui sembla être un calvaire permanent, il détestait le longues heures d’ennui qui étaient occasionnées par son intelligence extraordinaire. Il comprenait là où les autres ne faisaient qu’envisager, il voyait quand le reste du monde se limitait à distinguer. C’est le moment où il commença à voir une psychologue pour la première fois. Celle-ci confia aux parents ses craintes : le garçon pouvait être adorable, et très persévérant. Il pouvait sans problème rendre n’importe qui heureux. S’il le voulait. Mais il manifestait déjà des tendances à la froideur extrême quand il était contrarié, plus que persévérant, il était obstiné et obsessif. Il avait un mépris incroyable pour tous les humains qu’il n’avait pas lui même estimé, selon ses critères d’enfant de six ans, extraordinaires. Parmi ces humains, il y avait sa petite soeur, mais seulement par moment. Quand elle n’était pas “agaçante” ou “bruyante”. Il y avait sa mère, et Alex et Enzo. C’était absolument tout. 

Lysandre détestait ces séances. Il se sentait observé comme un monstre, et il en avait assez de tous ces gens qui semblaient penser qu’il avait un problème. Oh, les adultes étaient persuadés d’être discret, de bien cacher leur pensées. Ils n’avaient pas la moindre idée de tout ce que son intuition lui chuchotait. Plus tard, il apprendrait quels détails lui donnaient ces impressions qui étaient toujours exactes, mais pour le moment, il n’avait qu’à se faire confiance.

Et donc, son âme lui disait qu’il n’était pas assez entouré. Il fallait donc qu’il fasse un miracle. Et il ne doutait pas un seul instant d’en être capable. Il fallait juste qu’il sache quoi faire. Ce qu’il ne savait pas, c’est que l’occasion allait lui tomber directement entre les mains. Tout ce qui arriva par la suite vint certainement du fait qu'il avait décidé de devenir parfait. Ce qui, à son âge, signifiait surtout qu'il portait les plus jolie basket, celles qui courrent vite, et qu'il n'avait que des gommettes vertes sur ses contrôles. Et bien sûr, il voulait être le meilleur au football. Au cours d'une de ses parties avec toute sa classe, ils se retrouvèrent dans l'espace interdit, derrière la salle de sieste. Un coup de pieds partit, un ballon brisa une fenêtre, et une institutrice furieuse sortit, et elle leur promit une punition digne de ce nom dès qu'elle verrait leur parents. Enzo se mit immédiatement à sangloter, parce qu'il savait que sa mère était loin d'être tendre. Cela réveilla l'instinct de protection le plus acéré qu'un enfant de six ans aie jamais connu, et Lysandre décida de protéger ses amis. Il attendit donc la sortie, et dès qu’il vit ses parents, il leur sauta dans les bras en pleurant, jurant qu’il n’avait rien fait de mal, qu’il ne voulait même pas jouer là bas, qu’avec ses amis il avait même tenté de les empêcher d’y aller, et que c’était bien la seule justification de leur présence. Il leur donna tant de détails vraisemblables et précis que personne n’aurait pu croire qu’il mentait. Sa voix était convaincante, son timbre hypnotique. S’en suivit une longue discussion dans le bureau de la directrice, et une punition collective. Qui toucha toute la classe, excepté trois garçons satisfaits. Et ils s’accordèrent tous à dire que tout le mérite en revenait à Lysandre. “J’évite toujours les problèmes à mes amis !” lança-t-il sous les regards admiratifs de quelques autres enfants. Déjà, le jeune garçon faisait des miracles.

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