Et tu tomberas. Putain, tu vas tomber encore des milliers de fois, et à chaque fois tu te relèveras sans même savoir pourquoi. Gamin, gamine, tu ne sais même pas ce que tu es, tu sais juste que tu as envie de hurler. Et à chaque fois que tu vas tomber tu perdras des nouveaux morceaux de toi, et puis un jour t'auras même plus de quoi crier, même plus de quoi penser.
Tu ne sauras même pas si t'es en vie, où si t'es mort. Parce que t'es un gosse et que t'as rien compris. Parce qu'ils t'ont tellement regardée comme si tu ne valais rien, que ça a finit par devenir vrai. Et tout ce que tu voulais, te marier, être heureux, être quelqu'un de bien, s'effacera, parce que leurs yeux auront fait de toi une machine. Et ça a déjà commencé. Alors tu mets la musique trop fort pendant que tu tapotes sur ton clavier, un article qui n'aura aucun impact. Et la musique trop forte te fais mal, physiquement t'en peux plus, alors tu sais que tu devrais baisser le son, mais si tu le fais, t'entendras les voix dans la tête qui te disent que tes grosse ou que tu vaux rien. Et tu te rappelleras de ton prof de philo qui en un seul cours a réussi a briser toutes les raisons de vivre qu'il te restait. Et tu t'en fous maintenant. En te planquant derrière des joies illusoires (tu iras en concert, tu iras une semaine chez ton amie) tu t'oublies. Rien n'a de sens, les choses ont encore et toujours cette odeur de souffre. Celle qui te prends à la gorge, gamin, tu t'en sortiras pas, de cette odeur. Il paraît qu'un jour on s'y habitue. Et toi tu te dis "plutôt crever" parce que non, tu veux pas vivre comme ça. Alors quand le bus arrive, tu te dis que si tu te mettais cinquante mètres avant ton arrêt t'aurais plus qu'à te laisser tomber et que ce serait tout aussi bien. Tout aussi simple. Mais ce n'est pas le cas. Tu peux pas, tu peux pas, c'est aussi simple que ça. Tu ne peux pas parce que putain y'a des gens qui t'aiment.
Et un jour gamine, c'est avec eux que tu trouveras ton salut. T'ouvriras les yeux un matin, et ce sera bon. Ta dépression, ton envie d'aller gerber tout tes repas, je dis pas que ça aura disparu, mais un matin, ce ne sera plus aussi dur. Un matin tu mettras la musique moins fort. Et tu seras en vie. Tu seras pas un grand homme, mais tu auras réussi. Tu arriveras à te regarder dans un miroir, et te foutre de si t'es un garçon ou une fille, parce que ce qui comptes c'est la façon dont t'es en vie. T'auras plus besoin de te définir, toi, ce sera assez. Ecoute le cri de ta rage, ta peine, ton envie de crever, et regarde comment tu chiales. Et toutes les fois où t'es tombée, tous les gens qui t'ont cassé, tes yeux, ton corps, tes larmes, tes lames. Et toutes les épreuves, les déceptions, et les gens coincés que t'as pas pu ou pas voulu aider, et les étoiles qui sont mortes sur le chemin, et tes cauchemars, je te promets. Les fois où tu t'es fait du mal, ou t'as voulu abandonner, ou t'as fais semblant, et tes erreurs, les saloperies que t'as dit ou faites, la haine. Je te promets que c'est pour ton salut.