Arnaud était en plein milieu de la pièce. Il dansait, faisait ce truc avec ses hanches, qui me donnait envie de lui bondir dessus. Ses cheveux noirs bouclaient légèrement sur son front. La lumière sautait encore et encore, je le voyais rire, chanter, bouger. Sa tête s'inclina, il me lança un léger sourire, je me détournai. Inintéressant. Je voulais trouver quelque chose derrière ses prunelles sombres, mais il n'y avait rien d'autre qu'une bienveillance niaise et horripilante. Il était beau. Mais je ne souhaitais pas une île de calme dans ma tempête, non, il me fallait le vent pour me grandir, me rendre plus forte, la houle pour me déchaîner, un cyclone pour me confronter. Oh non, pas une île de paix. Parce que j'aurais tout ravagé, une fois de plus. Et un si beau garçon, j'aurais tellement détesté qu'il n'en reste que des cendres. Gamine égoïste, il me fallait quelqu'un d'un peu brisé, des failles à exploiter, et puis une force de la nature, capable de me supporter, mes coups de blues, mes gueules de bois, et mes cauchemars, quand je me réveille en hurlant.
Sauf que la musique a changé. Et là, tu as abandonné ton petit déhanché, et c'est devenu fou. Je ne voulais plus te sauter dessus, je voulais me noyer dans tes yeux, que tu me prennes par les hanches, qu'on aie lutter ensemble contre nos démons, parce que les tiens existaient bel et bien. Il y avait des grosses basses, qui faisaient vibrer la terre, et tu as perdu le contrôle. Ton regard brûlait, tu as tout lâché. Le sol est devenu feu, tu te foutais de tout. Il y avait juste cette lutte inconsidérée entre toi et toi-même, et la violence, et la force. Il y avait aussi cette veine de ton cou que j'ai effleuré du bout des doigts en me collant contre toi, et le creux de mes reins ou tu as posé tes mains. Nos souffles chaud et alcoolisés se sont emmêlés. Il n'y avait plus rien à attendre de l'autre côté.