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17/12/19

J'ai pas peur non. En fait je suis terrorisée. Littéralement terrorisée, je dirais même paralysée, je dirais, prête à m'effondrer. Demain est un autre jour, pas vrai ? Demain est un jour terrifiant, et moi je me noie. Je me noie dans ce soir, au point où je finis par me dire que me suicider pour éviter la journée qui m'attends ne serait pas un si mauvais plan, quand bien même Noël, les fêtes de fin d'années et des moments merveilleux approchent. 

Les images tournent en boucle et en boucle dans ma tête. Et je sais que Monsieur Poulain a prévenu Monsieur Beaucourt, Monsieur Lennes, et l'infirmier que JE voulais les voir. Non, bien sûr que non je ne veux pas les voir. Monsieur Lennes pense que je devrais vous voir, plutôt. Pour dire quoi d'ailleurs ? Je ne sais pas, on devait préparer ça en amont hier, mais il était malade. Et moi j'ai envie de vomir de stress. Qu'est-ce que je dois dire ? Jusqu'où je dois aller ? Les antidépresseurs, et puis les anxiolytiques, c'est sûr. Leur dire que ça m'épuise, que je suis fatiguée. Est-ce que je dois parler de l'agression ? Devant Monsieur Beaucourt ? Plutôt mourir, vraiment, c'est hors de question. Je veux pas être en position de victime avec lui. Et puis avec Monsieur Poulain, mon CPE, qui ne sait rien de moi, ne m'a presque jamais parlé ? Je ne peux pas les laisser entrer aussi loin dans mon intimité. Et puis si je commençais à en parler, juste le début, et qu'il me forçaient à aller jusqu'au bout ? Qu'ils me forçaient à me mettre totalement à nu devant eux ? Moi qui n'ai pas su raconter mon histoire à voix haute une seule fois depuis que Suzy a appelé mes parents ? Moi qui n'ai pas su raconter mon histoire à un adulte, depuis le tout début de ma vie ?

Pourtant j'en crève d'envie. Les mots se bousculent dans ma gorge, s'arrêtent sur ma langue, sur le bord de mes lèvres. Je ne sais pas comment je dirais. Si j'y mettrais du contexte, ou même si je pleurerais. Peut-être que ce serait statique, plat. Comme si je racontais une histoire qui n'est pas la mienne, peut-être que ça me permettrait de le mettre à distance, au moins un peu. Peut-être que je le dirais à monsieur Lennes, mais lui, est-ce qu'il aura envie de l'entendre ? Est-ce qu'il aura envie de savoir ou au contraire, est-ce qu'il voudra rester hors de ça ? Partager un traumatisme avec quelqu'un c'est toujours, en quelque sorte, le traumatiser. Il est jeune, certainement pas plus de vingt-cinq ans, tous ses élèves l'adorent, il est drôle, il a une petite amie (d'après Suzy). Il a l'air heureux. Pourquoi il s'encombrerait avec ça ? Il aurait raison de se protéger. 

Mais ce n'est pas la question. La question, c'est ce que je dois dire demain. Je ne parlerais pas de l'agression, c'est sûr. Et mon bras ? Est-ce qu'il faut qu'ils sachent pour mon bras gauche tout plein de marques horribles, dont certaines datent d'aujourd'hui d'ailleurs ? (tiens, beaucoup de d' dans les derniers mots). Je n'en ai pas la moindre idée. Ce qui explique peut-être que je sois terrorisée.  Peut-être aussi parce que personne ne m'a convoquée ni n'a pris la peine de me donner l'heure de cette foutue réunion ? Je n'ai aucun contrôle sur ce qui arrivera. Et je déteste perdre le contrôle. 

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