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14/10/19

Je peux pas d’accord. Désolé Ayden, Elliott, et tout l’Anne Dorval GC désolé papa et maman, désolé tout le monde. Je peux pas, je peux plus, et je suis désolé mais c’est comme ça. Je me bats depuis tellement longtemps, là j’y arrive plus. Et je parle pas juste des traumas dont tout le monde se fout, je parle pas des marques sur ma peau que je ne peux même plus cacher, de sang que je m’amuse à fait couler sans savoir l’arrêter, je ne parle pas des repas que je ne vomis plus parce que je ne les mange pas. Je suis désolé, mais je vais mourir, et c’est tout. Vous n’y pouvez rien, et pas plus que moi d’ailleurs.
C’est joué d’avance. On naît, on vit, on meurt. Vous allez tous mourir. Moi aussi. J’aurais aimé qu’on dise de moi que j’étais extraordinaire, ce n’est pas vrai. Je suis un humain parmi tant d’autre. Corps, esprit, âme. Rien que du mortel chez moi. J’ai rien de particulier, rien que vous ne pourrez regretter.
Je voudrais que vous me détestiez. Arrêtez de m’aimer, au moins vous ne serez pas déçus si je disparais.
Mon but c’est pas de faire flipper qui que ce soit d’ailleurs. M’enfin, j’ai bien le droit à une place où je dis ce que je pense. Et je pense que j’en peux plus. Et même si je survis à cette journée, je ne tiendrais pas la suivante, ni celle d’après, ni celle d’encore après. Y’a un jour ou balader me couper suffira plus, il faudra que je me tue.
Y’aura du sang sur les draps, mon téléphone pas loin, de la musique qui diffuse encore, signe que j’aurais essayé jusqu’au bout. Les messages inquiets qui suivront ma dernière lettre envoyée à ceux qui ont vraiment comptés.
“Je voudrais dire pardon…”
Mon téléphone vibrera encore et encore, et en un sens, ce sera le spectacle glauque d’un objet bien plus animé que le cadavre que je serai. Horrible mais apaisant contraste. Comme l’opposition entre ma peau -trop blanche- envahie de sang -trop rouge-. Ce ne sera pas propre, ce sera sale, ça fera mal, ça sera horrible. Tout le monde pleurera Astral, le garon mort. La courbe de mes seins, des mes hanches, de mon ventre pas assez plats et les cicatrices partout. Mes volets seront ouverts, comme toujours, mais rien d’extérieur n’aura d’importance. Rien n’aura d’importance du tout. Y’aura des cris. pour briser le silence. Tout le monde s’en voudra de ne pas avoir vu, et c’est tellement stupide. Vous auriez rien pu faire. C’est juste impossible de se coucher tous les soirs en priant pour pas se lever, et puis de se lever tous les matins en priants pour pas tenir jusqu’au soir. Faut bien que ça s’arrête un moment.
Et j’écris ça si froidement alors que je pleure sur le clavier sur CDI, en silence comme d’habitude. Mon maquillage a coulé, c’est dégueulasse, je suis dégueulasse. Et puis après ? J’écris ça froidement parce que c’est comme ça que ça doit être. Calme, paisible. Réel.
Peut-être que j’ai trop lu de contes de fées, peut-être bien que j’ai cru à ce modèle cishet qu’ils voulaient imposer. Peut-être que je pensais pouvoir être cette héroïne de roman qui sauve le monde, qui ne se demande jamais si elle est une fille ou un mec. Peut-être même que j’aurais pu être un mec, juste.. Si j’avais été quelque chose, si j’avais été valide… Mais je ne le suis pas. Je suis juste un entre deux, un monstre tout gris, ni noir ni blanc. Je me donne envie de vomir. Peut-être que je fais preuve de je sais pas quel mot on doit utiliser pour ça, comme de la transphobie mais pour les generfluids. J’en sais rien et puis je m’en fous, c’est même pas la question. Je sais qu’ils sont valides, et respectables. C’est juste moi qui ne le suis pas. De toute façon, presque personne ne s’est habitué à Astral. Ce qui doit bien vouloir dire qu’au fond j’existe même pas. Il verront toujours la fille que je ne suis que la moitié du temps. En même temps je les comprends, c’est galère de changer, c’est galère de transiter encore et encore, dur de voir un coup une fille, un coup un mec, toujours un truc dégueulasse. Il, elle, c’est fou ce qu’on s’y perd. Parce que même s’ils font des efforts, c’est la fille, avec ses seins, ses hanches, son putain de vagin ses grands morts. C’est marrant, hein, d’être dégoûté de son corps la moitié du temps !  Et puis c’est pas comme si ça allait changer ça aussi. J’aurais beau me faire retirer la poitrine, je peux pas la faire revenir dès que j’en ai besoin. Qui que je sois, peu importe à quoi je ressemble, je me détesterai la moitié du temps. Sans compter que même quand je me correspond, bah je reste rien de plus que ce truc moche, énorme et difforme. Mais j’ai pas mal non. De toute façon je m’en fous. Avec un peu de chance je serais mort demain. Depuis quand l’idée de tellement de sang m’apaise autant  ?
Pour reprendre ce que je disais au début, je parle pas de mes traumas, ni de mes cicas, ni de mes repas. Je parle juste d’émotions, et d’un monde qui me dégoûte. Je parle de journées sans messages, d’un trou noir au fond de moi qui m’aspire tout entier. Je parle d’un univers en expansion constante qui est le même avec ou sans moi dedans. Je parle d’un truc cassé. Un truc qui ne tourne plus rond, c’est pas possible, un truc explosé en tellement de morceau que jamais on pourra tous les retrouver.
Je parle d’un gamin déjà mort, mais qui marche encore.

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