"La dépression ça m'a rendu plus forte". Bah, ça, c'est une phrase que j'ai jamais dite. Genre vraiment jamais. Parce que je ne l'ai jamais ressentie comme ça. Parce que ça m'a abîmée et fragilisée, ça a gâché ma vie et mon adolescence, et ça n'a rien renforcé chez moi. C'était comme si on m'arrachait mon armure et que tout me touchait en plein coeur, et dans ma chair à vif.
Mais voilà, ça commence à aller mieux maintenant. Je veux dire, je suis heureuse, et pour une fois, ça dure depuis plusieurs semaines. Y'a des hauts et de bas, de la mutilation, des crises d'angoisses, de la rage et de la haine refoulée, ouais. Mais, j'ai plus envie de me tuer. Je veux que ça arrive, mais pas le faire moi-même, je me sens prête à vivre, même si ça fait mal, à essayer pour ne pas faire souffrir mes proches. Puis y'a l'espoir. Vous connaissez la légende de Pandore ? Elle a ouvert une boîte, et dedans, y'avait les maladies, la peur, le désespoir, la haine... Et tout est parti détruire l'humanité. Mais dans la boîte, y'avait aussi l'espoir. L'espoir est resté jusqu'au bout, il n'est jamais parti. Dans un des tomes de Percy Jackson, ils lui donnent la boîte et lui disent que s'il veut se rendre, il a juste a laisser partir l'espoir. Que quand l'espoir est parti, tout est fini et qu'il ne revient pas. Bah, je vous jure, je vous le jure vraiment, c'est faux.
J'ai survécu sans espoir. Totalement sans espoir. C'est à dire que je ne voulais ni vivre ni mourir, parce que je savais que je ne trouverais le réconfort ni dans l'un ni dans l'autre. Je n'avais pas l'espoir d'être en paix dans cette vie, ni après. J'ai été un zombie en pilote automatique. Et pourtant, c'est la période ou on croyait que j'allais le mieux. Je ne me mutilais plus. Je ne faisais plus de crises d'angoisses, ni de cauchemar. En fait, je ne dormais plus, ou à peine. Je mangeais le nécessaire pour survivre. Je me levais, me lavais, allais en cours. Rentrais. Automatiquement, sans une pensée dans mon cerveau. Quand j'y repense, ça me terrorise. Il aurait pu tout se passer. Quelqu'un se serait fait agresser à quelques centimètres de moi ? Je ne l'aurais même pas vu. J'étais pas capable de défendre mes convictions, mes valeurs, ni ma personne physique. Je me souviens m'être pris une gifle. Je n'ai pas réagi. Ce n'était pas habituel, donc mon cerveau n'a pas traité la donnée.
Mais pour dire quoi ? L'espoir est toujours près de nous. On pourrait passer mille ans à le rejeter, il resterait à proximité, à attendre qu'on veuille bien de lui pour retrouver sa place en nous. Donc, je vous jure, même si en ce moment l'espoir est parti que la boîte est vide, qu'il ne reste plus rien, ça peut revenir, c'est pas définitif. Orelsan a tort, la vie ce n'est pas des cycles et on ne retombe pas toujours sur les mêmes mots.
Tout ça pour dire quoi. J'ai jamais été aussi forte qu'aujourd'hui. Je peux encaisser maintenant des trucs que je n'aurais pas pu imaginer. La dépression m'a toute détruite, et je me suis reconstruite mieux, et plus solide.