Aujourd'hui, je me suis rappelée de l'époque où je voulais être présidente. Et je me suis souvenue que j'ai abandonné ce rêve à cause des vidéos que Raph et Lucas ont, ou n'ont plus. En même temps je suis contente. Présidente, c'est sale. On finit toujours par avoir du sang sur les mains, le pouvoir monte à la tête. Je veux pas ça.
Je veux rien, même pas écrire. Je voudrais dormir et jamais me réveiller, je veux que ça s'arrête, c'est comme si le monstre dans ma tête gagnait en puissance et je veux plus être terrifiée de moi-même. Je veux plus me demander quand j'aurais le courage d'enfin me tuer, et je voudrais pouvoir m'endormir le soir sans regarder des vidéos et jouer à des jeux débiles parce que sinon je pars dans les pires crises d'angoisses en permanence. Et ça va faire presque un mois que j'ai pas vu Léa, qu'on a pas pu se câliner et se rassurer. J'ai l'impression permanente que mon monde est en train de s'écrouler, et j'arrive pas à faire taire cette partie de moi qui ne regarde plus la route avant de traverser en espérant que peut-être elle va se prendre une voiture, cette partie de moi qui passe devant et derrière les bus en silence, et qui du haut de sa salle d'histoire du troisième étage, n'arrive pas à se concentrer en cours parce qu'elle pense juste à sauter.
C'est toujours comme ça. Moi assise à ma table, le plus loin possible de la fenêtre, et ma voix dans ma tête, qui me dit "tu pourrais enfin avoir la paix". Le prof parle, me regarde parfois, moi je ne bouge pas. Je tiens mon stylo, les yeux posés sur ma feuille, en mode pilote automatique. Mais dans ma tête c'est la guerre. Je ne sais pas me concentrer, je ne pense pas juste à mourir, je pense à l'après. Je me demande si les gens me regretteront, j'essaie d'arrêter de penser que non. Puis il fait chaud alors je remonte nerveusement mes manches, et je m'imagine déployer mes ailes et sauter, puis, une fois haut dans le ciel, plonger jusqu'au sol sans m'arrêter. Et puis,ça réveille de la panique en moi, parce qu'il y a un truc qui me terrifie plus que tout, plus que mourir, et que vivre, c'est l'idée de me rater. De m'arrêter à la TS comme la dernière fois, mais qu'on l'apprenne. Que tout le monde sache que j'ai essayé. Mais pas réussi. C'est la première raison qui me retient. L'idée de rater. De prendre trop de médicaments, mais qu'on me trouve trop vite et qu'on me sauve. De m'ouvrir les veines, mais que quelqu'un mette un bandage là dessus, et voilà. De me prendre une voiture, mais juste faire deux jours de coma. Parce que, oui je veux être sauvée. Mais je veux être sauvée vraiment, je veux pas juste qu'on répare mon corps que j'aurais cassé moi même, je veux qu'on sauve mon âme, qu'on me sauve moi.